Archives de Catégorie: Infections pulmonaires

Les légionelles au coeur du combat laboratoires publics et géants privés

Hôpital-3La lutte contre la légionellose a été un fer de lance en hygiène hospitalière. Après de nombreux épisodes d’épidémies dans le milieu hospitalier avec près de 20% des cas de légionelloses en France à la fin des années 90, le milieu hospitalier concerne à ce jour environ 7% des cas en France par an à ce jour.

Cette lutte s’est largement améliorée avec l’implication des équipes d’hygiène hospitalière et la réalisation des contrôles microbiologiques pour recherche de légionelles par les techniciens biohygiénistes en interne à l’établissement de santé. Ces analyses ont évolués afin d’améliorer la sensibilité de la technique et les EOH se sont toujours adaptées à ces changements.

L’arrêté de février 2010, sous le lobby des grands laboratoires privés a imposé  la mise en place de l’accréditation COFRAC pour les laboratoires environnementaux en charge des analyses pour la recherche des légionelles. La mise en place de cette accréditation  a demandé un investissement financier supplémentaire de la part des hôpitaux pour maintenir cette force interne dans la lutte contre la légionellose et a obligé les laboratoires d’hygiène hospitalier à regrouper cette activité sur un seul laboratoire « territorial » dans l’optique des regroupements hospitaliers.

La nouvelle norme NFT 90-431 de décembre 2014, améliore principalement la sensibilité du résultat mais elle est sujet à des controverses telle que les délais et conditions d’acheminement des échantillons n’apportant que des contraintes pour des bénéfices techniques non scientifiquement prouvés ou publiés.

Au travers des adaptations sous les arguments d’amélioration continue se cache une bataille des marchés indiscutable dans les analyses environnementales. Les améliorations techniques, pour certaines sont plus des armes de découragement que de vrais points d’amélioration justifiés pour le terrain et la protection des patients.

Certains hôpitaux avaient déjà fait le choix lors de la mise en place de l’accréditation COFRAC depuis 2012, d’une externalisation de la prestation avec des expériences peu convaincantes en terme de réactivité lors de suspicions, de difficultés à obtenir les souches pour les comparaisons avec les souches cliniques, la programmation de prélèvements environnementaux en urgence suite à un cas.

La réalisation en interne avait pour force pour le professionnel biohygiéniste de bien connaitre les aspects morphologiques des souches du réseau de l’hôpital dans lequel ou pour lesquels le laboratoire exerçait l’analyse.  Et cette connaissance du réseau est un levier indispensable pour une bonne maîtrise du risque infectieux lié à l’eau dans nos hôpitaux.

Les évolutions prochaines de cette course au marché va rapidement concerner la recherche de légionelles dans les co-propriétés avec sans doute un renforcement de la legislation, l’obligation d’accréditation pour les contrôles microbiologiques d’endoscopes qui sont pourtant bien maîtrisés dans les hôpitaux publics à ce jour et enfin les contrôles d’air dans les zones accueillant du public.

TJP

Foyer de Grippe A en Haute Savoie faut-il encore s’alarmer ?

stop-grippe-aTous les médias s’empressent encore d’inquiéter la population avec ce nouveau foyer épidémique et certains osent dors et déjà lancer des titres cataclysmiques « La Grippe A revient » …

Pour autant que chacun des scientifiques du Réseau des Groupes Régionaux d’Observation de la Grippe (GROG) le sachent, la grippe A n’a jamais complètement disparu de notre territoire … En effet il suffit de visiter le site internet http://www.grog.org/ et se diriger sur la page « situation en France » pour vite comprendre qu’elle est même majoritaire encore dans certaines régions telle que l’Ile de France …

grippe A france

Le GROG expique pour la semaine 50 une situation nationale classique:

– La fréquence des consultations pour infection respiratoire aigüe (IRA) en médecine générale et en pédiatrie poursuit sa lente progression.

– Les détections de virus grippaux A et B dans les prélèvements effectués par les vigies du Réseau des GROG deviennent plus fréquentes.

– L’épidémie de bronchiolite à VRS (virus respiratoire syncytial) du jeune enfant se poursuit mais semble atteindre son pic.

– Il ne faut plus tarder pour vacciner contre la grippe les personnes à risque et ceux qui les prennent en charge.

– Les mesures barrières (lavage des mains, aération des locaux, port du masque, mettre son coude devant sa bouche ou son nez pour tousser ou éternuer, éviter les embrassades, etc.) sont particulièrement de mise.

Pourquoi une telle médiatisation ?

Il s’agit en fait d’une épidémie localisée dans une clinique de convalescence et touchant 35 individus incluants patients et personnel. Ce type de foyer est complètement classique dans une période qui précède l’épidémie annuelle de grippe. Et c’est parce que ce foyer touche un établissement de soins qu’il a été administré à l’ensemble des individus infectés et contacts un traitement au Tamiflu(r).

Rappel:  Il est encore temps de vous vacciner… l’épidémie est attendue dans environ 15 jours. Mais sachez qu’il n’est jamais trop tard pour se vacciner contre la grippe, même en situation épidémique le bénéfice est reconnu.

Sources:

http://www.grog.org/bullhebdo_pdf/bull_grog_50-2012.pdf

http://www.radinrue.com/article7815.html

Tuberculose: vers un nouveau vaccin ?

La Tuberculose est la 2e cause de mortalité parmi les maladies infectieuses après le SIDA. Elle tue une personne dans le monde toutes les 20 secondes dont 200 enfants par jour. 10% des personnes contaminées par le bacille de Koch (Mycobacterium tuberculosis) développe la maladie. En 2010, elle a tué 1,4 million de personnes, dont l’immense majorité résidait dans un pays pauvre.

On observe que le nombre de co-infections tuberculose / HIV reste élevé. Cette co-infection est responsable de 13% des décès de personnes atteintes du SIDA.

Enfin le nombre de souches de Mycobacterium tuberculosis résistantes aux antibiotiques est potentiellement en croissance constante et fait l’objet d’une surveillance draconienne. 450 000 nouveaux cas de tuberculoses résistantes sont recensés chaque année et on distingue, dors et déjà 2 types de tuberculoses ultra-résistantes. La tuberculose-MR, est une forme résistante au moins à l’isoniazide et la rifampicine, les deux médicaments anti-tuberculeux les plus puissants. La tuberculose-UR est une TB qui est résistante à n’importe quel fluoroquinolone, et au moins un des trois médicaments injectables de deuxième-ligne (capreomycine, kanamycine, et l’amikacine), en plus de la tuberculose-MR.

Chaque cas de tuberculose résistante, oblige, lorsque c’est possible, à recourir à un traitement de « seconde ligne ». Des médicaments moins efficaces, entraînant de graves effets secondaires, qui nécessitent d’être administrés pendant près de deux ans et coûtent près de 10 000 euros par personne dans les pays en développement (tarifs négociés par les ONG), alors que le coût du traitement d’une tuberculose simple n’excède pas 15 euros.

Si le vaccin classique BCG (Bacille de Calmette et Guérin) préparé à partir d’une souche atténuée de bacille tuberculeux bovin (Mycobacterium bovis) est efficace pour protéger les enfants il l’est beaucoup moins pour les adultes d’après l’Institut Pasteur. « L’efficacité du vaccin BCG est estimée entre 75 et 85% pour les formes graves du nourrisson et du jeune enfant, notamment méningite et tuberculose disséminée », selon le ministère de la Santé. Le niveau de protection assuré par le BCG descend entre 50% et 75% pour la tuberculose de l’adulte et est insuffisant pour empêcher la transmission de la maladie et d’enrayer l’épidémie mondiale.

Des chercheurs de l’Unité de régulation immunitaire et vaccinologie (Institut Pasteur/Inserm) ont réussi à modifier le génome du bacille responsable de la tuberculose pour en obtenir « une souche non virulente chez la souris », selon un communiqué commun de Pasteur et de l’Inserm.

Ces équipes coordonnées par le Dr Laleh Majlessi et le Pr Claude Leclerc ont pu établir que « les souris immunisées par la souche atténuée sont protégées très efficacement contre l’infection par Mycobacterium tuberculosis« .

Cette souche mutée provoque « une réaction immunitaire plus forte que le vaccin BCG chez la souris ».

C’est donc avec un grand espoir que ce vaccin est en voie de développement.

Pour autant notons que les thérapies curatives eux aussi tentent d’évoluer afin de faire face aux résistances. En effet, une étude co-financée par la National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID-NIH) a été présentée le 26 mars 2012 lors de la réunion annuelle de l’American Chemical Society et met en avant l’espoir porté par une combinaison de 2 médicaments déjà disponibles pour le traitement de la tuberculose (TB). Ainsi, le méropénème et le clavulanate, tous deux combinés parviennent non pas à « ralentir la croissance mais parvient à tuer la bactérie en laboratoire » explique le Pr Blanchard, professeur de biochimie à l’Ecole de Médecine Albert Einstein de l’Université Yeshiva de New York.

C’est en étudiant la beta-lactamase de Mycobacterium tuberculosis, que cette équipe a trouvé l’idée de la combinaison. Le Clavulanate (Acide Clavulanique) permet ainsi d’inhiber l’enzyme produite par Mycobacterium tuberculosis afin de protéger l’action du méropénème.

Dépêche AFP:

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5ibRZGyfMDiQjbUkidklka7K95-Iw?docId=CNG.a3e7fc4ee748727fee33617a43df3bed.31

Autres sources:

Two drugs already on the market show promise against tuberculosis March 26, 2012

 http://www.santelog.com/news/allergies-pneumologie/tuberculose-une-bitherapie-efficace-contre-les-resistances_7950_lirelasuite.htm

Articles récents sur la tuberculose:

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/anne-jeanblanc/la-tuberculose-tue-une-personne-toutes-les-20-secondes-23-03-2012-1444308_57.php

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/24/la-tuberculose-de-plus-en-plus-resistante_1675109_3244.html

Autres sources scientifique:

Foire aux questions sur la tuberculose ultra-résistante:  http://www.who.int/tb/challenges/xdr/faqs/fr/index.html

Le passage des aînés aux urgences augmente le risque infectieux

Au Canada,  une enquête réalisée lors de l’épidémie de H1N1 par le Dr Caroline Quach , pédiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants, avait montré que,  contrairement à ce que croyaient les chercheurs, chez les enfants, une visite à l’hôpital n’avait pas d’incidence sur le nombre d’infections respiratoires ou de gastro-entérites.

Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de Montréal, Rivière-du-Loup et Toronto qui ont examiné les conditions de vie des aînés établis dans des CHSLD (Centre d’Hébergement de Soins de Longue Durée), a permis de comparer les taux d’infection entre les patients ayant visité les urgences et ceux qui ne s’y sont pas rendus. Ainsi le Dr Quach s’est entourée de plusieurs collègues connaissant bien population.

L’étude a été financée par l’Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP), le ministère de la Santé du Québec et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

Ainsi, 1200 personnes de 65 ans et plus vivant dans 22 CHSLD de Montréal, Québec, Rivière-du-Loup et Toronto ont été suivies durant deux ans. parmi elles, 424 personnes ont dû se rendre aux urgences pour traiter autre chose qu’une infection respiratoire ou gastro-intestinale. En les comparant avec celles qui n’étaient pas allées aux urgences, les chercheurs ont découvert les risques associés pour les personnes âgées. Ainsi ces personnes sont trois fois plus à risque de souffrir d’une infection respiratoire ou gastro-intestinale dans la semaine qui suit leur visite aux urgences.

Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue scientifique Journal de l’Association médicale canadienne.

«C’est tout à fait différent pour les personnes âgées, explique la Dre Quach. Cette étude démontre l’importance d’améliorer la prévention des infections dans les hôpitaux, notamment par le lavage des mains. Ça démontre aussi l’importance de l’aménagement de chambres individuelles dans les établissements. Quant aux CHSLD, il est clair qu’ils doivent prendre des précautions quand une personne revient des urgences. Il reste à définir comment.»

TJP

Références:

Do Pediatric Emergency Departments pose a Risk of Infection?  Quach C, Moore DL, Ducharme F, Chalut D.  BMC Pediatrics 11:2, 2011.

Risk of infection following a visit to the emergency department: a cohort study Caroline Quach MD MSc, Margaret McArthur RN, Allison McGeer MD MSc, and colleagues

sources internet vulgarisées:

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201201/24/01-4488757-les-visites-aux-urgences-risquees-pour-les-personnes-agees.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4488848_article_POS1

http://www.cyberpresse.ca/la-tribune/actualites/201201/24/01-4488848-infections-la-salle-durgence-mise-en-cause-selon-une-etude.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4488757_article_POS1

Pourquoi la rougeole est elle si contagieuse ?

Depuis le début de l’année, les autorités alertent sur l’épidémie de rougeole qui évolue sur le pays.

En effet, le nombre de cas estimés de rougeole pour les 3 premiers mois dépassaient déjà le nombre total de cas de l’année 2010.

La contagiosité du virus est connue, toute la prévention est basée sur le programme vaccinal.

Mais pourquoi le virus de la rougeole est il autant contagieux ?

Une collaboration internationale de chercheurs dont ceux de l’équipe de  Marc Lopez à l’INSERM unité 891 (Centre de recherche en cancérologie) à Marseille, a permis de mieux comprendre comment ce virus de la famille des Paramyxoviridae se transmet si facilement d’individus en individus.

Les chercheurs ont mis en évidence l’affinité du virus envers un récepteur cellulaire (protéine transmembranaire) « nectin-4 » qui est connu pour être un biomarqueur dans certains cancers comme ceux du sein, de l’ovaire et du poumon.

« nectin-4 » se trouve également au niveau de la trachée  favorisant ainsi la transmission par voie aérienne du virus.

On a longtemps cru que le virus se multipliait dans les cellules de l’épithélium des voies respiratoires, il a été récemment démontré que le virus infecte en réalités les macrophages et les cellules dendritiques du système respiratoire. Ces cellules infectées traversent ensuite l’épithélium des voies respiratoires et transmette le virus aux organes lymphatiques où le virus se multiplie amplement.  Le récepteur « nectin-4 » permet aux cellules infectées de traverser aisément l’épithélium.

TJP

Sources scientifiques:

http://www.inserm.fr/espace-journalistes/pourquoi-le-virus-de-la-rougeole-est-il-si-contagieux

Adherens junction protein nectin-4 is the epithelial receptor for measles virus, Nature 02 november 2011

Sources:

http://www.sante.gouv.fr/dossier-de-presse-rougeole.html

http://biohygieniste.leforum.eu/t304-ALERTE-EPIDEMIE-DE-ROUGEOLE.htm

Légionellose: L’INVS alerte sur la recrudescence de 28% en 2010

L’Institut de veille sanitaire alerte sur la recrudescence de la légionnellose, en 2010,en effet le nombre de cas est passé de 1206 cas en 2009 à 1540 cas pour 2010.

Cette augmentation d’environ 28% marque un coup dur pour le plan national de prévention de la légionellose qui a vu une baisse constante du nombre de cas depuis 2005.

L’INVS avait démarrer en décembre 2010 une enquête intitulée « EVALUATION QUANTITATIVE DU SYSTEME DE SURVEILLANCE DES LEGIONELLOSES EN FRANCE » dont le rapport final est attendu pour novembre 2011.

« L’augmentation a été plus importante pendant les mois d’août et septembre et dans les régions Est de la France. L’âge médian des cas était de 62 ans, le sexe-ratio homme/femme de 3,2 et la létalité de 11,7 %. La majorité des cas a été diagnostiquée par un test de détection urinaire et une souche a été isolée chez 282 cas (18 %). Une exposition à risque était rapportée pour 34 % d’entre eux. Aucune épidémie (plus de 10 cas) n’a été identifiée en 2010. Ce bilan des cas de légionellose de 2010 montre que la tendance à la baisse observée ces dernières années s’est inversée. Des études complémentaires sont en cours pour documenter cette augmentation. Les investigations rapides et systématiques ont probablement limité le nombre de cas groupés mais n’ont cependant pas permis d’identifier les sources de contamination de ces épisodes. Il est donc important de maintenir la sensibilisation de l’ensemble des partenaires afin de documenter les caractéristiques des sources de contamination et améliorer ainsi le contrôle de cette maladie par la mise en oeuvre rapide des mesures de contrôle et de prévention. » précise l’INVS dans le BEH n°29-30.

On notera que la mortalité n’a pas changé depuis 2002.

L’étau se ressert donc autour de la stratégie de contrôle des installations à risques et autour des moyens de prévention de la légionellose.

Concernant la capacité des laboratoires à réaliser la technique de recherche des légionelles dans les réseaux d’eau chaude sanitaire, le doute ne sera plus permis à partir de janvier 2012 la législation s’étant durcit avec l’arrêté du 1er février 2010. Les techniques de dénombrement des légionelloses sont elles aussi regardées de prêt par l’ANSES qui a proposé dors et déjà des études pour faire progresser les connaissances en vue de futures optimisations des méthodes de dénombrement comme nous l’avons repris dans notre article:  l’Anses passe en revue les méthodes de dénombrement des légionelles dans l’eau (fbhleblog 19 juillet 2011)

sources scientifiques et législatives:

http://www.invs.sante.fr/surveillance/legionellose/

http://www.invs.sante.fr/Publications-et-outils/BEH-Bulletin-epidemiologique-hebdomadaire/Derniers-numeros-et-archives/Archives/2011/BEH-n-29-30-2011

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=F1848CA8AA012B16EDAFA8C45D6CF0CB.tpdjo10v_2?cidTexte=JORFTEXT000021795143&dateTexte=20110720