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La réduction de l’épuisement des infirmières fait réduire le nombre d’infections nosocomiales

 Jusqu’ici de nombreuses études ont mis en évidence des liens entre les infections nosocomiales et la surcharge de travail ou encore la dotation en personnel. C’est une étude américaine qui lance la première information scientifique liant fatigue professionnelle et infections nosocomiales.

L’étude met, en parallèle, en évidence de façon statistique, que pour chaque patient supplémentaire attribué à un infirmier on augmente d’un point la présence d’une infection urinaire et d’une infection du site opératoire dans l’établissement de santé.

Pour affirmer le lien entre épuisement et infections, les chercheurs ont analysé les données d’une enquête de 2006 concernant le travail de 7076 infirmières (95% de femmes) dans 161 hôpitaux (227 lits en moyenne par établissement) de Pennsylvanie puis ont fussioné ces données à celles du rapport sur les infections nosocomiales Health Care Cost Containment Conseil (PHC4) et celles de l’enquête annuelle de l’American Hospital Association (AHA).

L’échantillon d’hôpitaux inclu tous les hôpitaux qui ont participé à l’enquête de 2006 et l’échantillon d’infirmières inclu toutes les infirmières employées dans ces mêmes hôpitaux et qui ont répondu au questionnaire.

Les chercheurs ont choisi d’examiner 2 types d’infection, les infections des voies urinaires (7 cas pou 1000 patients) et les infections du site opératoire (5 cas pour 1000 patients). Ce sont les 2 infections les plus répandues rapportées par le PHC4.

Les caractéristiques des hôpitaux utilisés comme témoins ont été déterminés par le biais de l’Enquête annuelle de l’AHA en prenant en compte la taille (nombre de lits) , le status de l’enseignement, et les technologies employées par l’établissement. Le statut de l’enseignement a été défini par le nombre de médecins résidents et les boursiers en constraste des hôpitaux qui en sont dépourvus. Les hôpitaux ont été classés comme équipés de haute technologie s’ils avaient des installations pour chirurgie à cœur ouvert, de transplantations d’organes majeurs, ou des deux.

Le niveau de gravité des patients a été mesuré grâce aux données de l’enquête PHC4.

Les données sur la démographie des infirmières et l’épuisement professionnel ont été obtenus à partir de l’enquête infirmière de 2006. Le niveau d’épuisement (22 points de score) a été déterminé par un standard national Maslach Burnout Inventory-Human [Maslach and Jackson, The Maslach Burnout Inventory, 1981, 1986] MBI-HSS en permettant d’évaluer les 3 sous échelles ​​d’épuisement: épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et accomplissement personnel. Plus d’un tiers des infirmières avaient un niveau d’épuisement élevé (27 points de score).

3 modèles de régression linéaire pour les deux types d’infections nosocomiales ont été réalisés afin d’évaluer l’effet individuel de dotation en personnel infirmier sur les taux d’infection et la mesure dans laquelle leur épuisement professionnel pourrait expliquer cet effet.  Dans le premier modèle, le taux d’infections nosocomiales et la dotation en personnel infirmier ont été régressés. En excluant l’épuisement professionnel, le coefficient de dotation en personnel dans ce modèle simple peut être interprété comme la somme de l’effet direct de la dotation en personnel sur le taux d’infection et de l’effet indirect de la dotation en personnel sur le taux d’infection en raison de son effet sur leur épuisement professionnel. Dans le deuxième modèle, les chercheurs ont estimé l’effet de l’épuisement professionnel infirmier sur les taux des 2 types d’infections en terme de fréquence, en excluant le niveau de dotation. Le troisième modèle inclus dotation en personnel infirmier et épuisement professionnel comme covariables. Les chercheurs ont ainsi utilisé ce modèle pour examiner si l’épuisement professionnel pourrait mettre en évidence un effet sur les taux d’infection mais aussi pour vérifier les influences de l’âge du personnel, des années d’expérience, du statut de l’enseignement, du niveau technologique, du nombre de lits et de la gravité des patients.

L’age moyen des infirmières était de 44 ans avec un expérience professionnelle de 17 ans en moyenne et en charge de 5,7 patients / infirmière.

L’étude met en évidence une association statistiquement significative entre la dotation d’infirmières/ le nombre de patients ou le le niveau d’épuisement élevé avec les deux types d’infections nosocomiales.

Les chercheurs affirment que si les hôpitaux parvenaient à diminuer la proportion d’infirmières souffrant d’épuisement professionnel (de 30% actuellement à 10%), un total de 4.160 infections pourraient être évitées et 41 millions de dollars par an pourraient être économisés.

Source de l’étude:   http://www.ajicjournal.org/article/S0196-6553(12)00709-2/fulltext

Le Cuivre solution écologique et économique de lutte contre les infections nosocomiales ?

Le centre hospitalier de Rambouillet dans les Yvelines teste actuellement pendant une période d’un an l’efficacité du cuivre dans la lutte contre les infections nosocomiales. La stratégie est simple éliminer tout d’abord le risque d’infections manuportées qui représentent 70 à 90% des infections nosocomiales. Ainsi du cuivre a été mis en place sur les poignées de portes, le portes battantes, les interrupteurs, les tablettes de lit, les robinets labellisés Antimicrobial Copper … Le cuivre est capable de tuer 90 à 100% des bactéries, virus ou champignons déposés sur une surface cuivré. Le cuivre oxydé (vert de gris) et encore plus efficace que le cuivre à l’état brute.

Rien ne sert d’astiquer et d’entretenir ce cuivre pour le rendre brillant… plus l’aspect du cuivre est gris plus sa surface est microbicide.

« Tout couvrir de cuivre ne servirait à rien. Nous avons ciblé, avec les équipes des services concernés, les objets les plus fréquemment touchés » explique Dr Patrick Pina praticien hygiéniste à Rambouillet dans un article du quotidien METRO du 25 novembre 2011.

Le Député Hervé FERON a interrogé dans l’hémicycle, le 28 juin 2011, au cours de la séance publique des questions orales sans débat, la Secrétaire d’Etat en charge de la Santé, Nora BERRA sur le sujet d’une généralisation du cuivre à l’hôpital afin de de lutter contre les infections nosocomiales. 1

Le 4 avril dernier, l’Institut européen du cuivre (ECI) et l’Université de Southampton ont présenté une expérience en direct sur Internet, montrant l’efficacité naturelle du cuivre contre des germes tels que le staphylocoque doré, en comparaison avec l’inox. « Dans des espaces intérieurs et à une température ambiante de 22°C, une surface en cuivre détruit 99,9 % des staphylocoques dorés résistants à la méticilline qui se trouvent à son contact, tandis que l’inox n’a aucune incidence « , expliquait Dr William Keevil, chercheur en microbiologie et directeur de l’Unité de santé environnementale à l’université de Southampton. 2

Mais qu’en est il du coût financier ?

Hervé Féron député PS de Meurthe-et-Moselle interrogé par le quotidien METRO (25/11/2011) estime que le coût d’un équipement équivalent à celui réalisé à Rambouillet serait inférieur au coût total des infections nosocomiales manuportées limitées. L’investissement à l’hôpital de Rambouillet aurait été de 1500 € auxquels s’ajoutent 10 000€ de frais d’installation. Le Cigma de Laval, premier établissement en France à expérimenter le cuivre, a déboursé 35.000 €. 3

Au mois de juillet, les premiers résultats d’une étude américaine ont été présentés à la première Conférence Internationale sur la Prévention et le Contrôle des Infections (ICPIC) de Genève. Il a été affirmé que le cuivre permettrait de réduire in situ de 40% le nombre d’infections nosocomiales. Un rapport du Sénat sur les politiques de santé publique, estimait en 2006 entre 730 millions et 1,8 milliard d’euros le surcoût lié aux infections nosocomiales par an. On voit bien l’économie réelle annuelle qui pourrait se concrétiser si la baisse de 40% des infections nosocomiales se confirmait avec l’utilisation du cuivre dans nos hôpitaux.

TJP

Sources scientifiques récentes:

– “Role of copper in reducing hospital environment Contamination”. A.L. Casey, D. Adams, T.J. Karpanen, P.A. Lambert, B.D. Cookson, P. Nightingale, L. Miruszenko, R. Shillam, P. Christian and T.S.J. Elliott. Journal of Hospital Infection (2010); 74 (1): 72-77.

– “Inactivation of Influenza A Virus on Copper versus Stainless Steel Surfaces”. J.O. Noyce, H. Michels and C.W. Keevil. Applied and Environmental microbiology (2007); 73 (8): 2748–2750.

– “Potential use of copper surfaces to reduce survival of epidemic methicillin-resistant Staphylococcus aureus in the healthcare environment”. J.O. Noyce, H. Michels, C.W. Keevil. Journal of Hospital Infection (2006); 63: 289.

Autres sources:

1: Vidéo:  Hervé FERON interroge la Secrétaire d’Etat en charge de la Santé – le cuivre, antimicrobien dans la lutte contre les infections nosocomiales – 28 juin 2011

2: Institut européen du cuivre (ECI) et l’Université de Southampton “Antibiotic-Resistant Germs Eliminated by Copper in Live Global Broadcast”, http://www.antimicrobialtouchsurface.com/

3Assemblée Nationale, 13e legislature, Question N° : 1538 de M. Hervé Féron

Les officines et laboratoires de biologie médicale tenus de récolter les déchets piquants, coupants, tranchant liés aux soins à domicile

Le 1er novembre 2011, les officines, les pharmacies à usage intérieur (PUI) et les laboratoires de biologie médicale de ville seront désormais tenues de récolter les déchets d’activité de soins (DASRI) piquants coupants et tranchants.

Cette mesure est appliquée par le décret no 2011-763 du 28 juin 2011 relatif à la gestion des déchets d’activités de soins à risques infectieux perforants produits par les patients en autotraitement.

« Afin de prévenir le risque sanitaire associé à la manipulation des déchets d’activités de soins à risques infectieux perforants (« DASRI perforants ») par le personnel de collecte et de traitement des ordures ménagères, le principe de la mise en place d’une filière de collecte et de traitement de ces déchets spécifique a été prévu par le  législateur.

L’article L. 4211-2-1 du code de la santé publique prévoit qu’en l’absence de dispositif de collecte de proximité spécifique, les officines de pharmacies, les pharmacies à usage intérieur et les laboratoires de biologie médicale sont tenus de collecter gratuitement les DASRI perforants produits par les patients en autotraitement, apportés par les particuliers qui les détiennent selon des modalités prévues par décret en Conseil d’Etat.

Le dispositif repose, en amont, sur la mise à disposition, à titre gratuit, de collecteurs dans les officines de pharmacie et pharmacies à usage intérieur afin que les patients en autotraitement puissent se défaire en toute sécurité de leurs déchets perforants. C’est l’objet du décret no 2010-1263 du 22 octobre 2010. Il repose, en aval, sur l’organisation de la collecte, de l’enlèvement et du traitement des déchets en cause. C’est l’objet du présent décret. « explique le décret.

les officines, de même que les pharmacies à usage intérieur (PUI) et les laboratoires de biologie médicale, vont prendre en charge cette collecte en l’absence de filière de proximité. Ainsi, le patient en auto-traitement, en passant par l’officine, reste dans un circuit de santé traditionnel. Le pharmacien respecte l’anonymat du client et peut aussi l’informer sur les dangers des DASRI.

Les déchets concernés par ce décret sont définis dans la liste fixée par l’arrêté du 23 août 2011 fixant, en application de l’article R. 1335-8-1 du code de la santé publique, la liste des pathologies conduisant pour les patients en autotraitement à la production de déchets d’activité de soins à risque infectieux perforants .

TJP

Hygiène hospitalière et Développement Durable un pacte pour l’avenir hospitalier

La loi portant « engagement national pour l’environnement » dite Grenelle 2 a été promulguée le 12 juillet 2010, elle poursuit la mise en application des engagements du Grenelle de l’environnement, entamée avec la loi Grenelle 1. La loi Grenelle 2 est composée de 199 décrets. Ces derniers assurent la mise en œuvre des quelques 257 articles inscrits dans la loi. Des mesures déclinées dans six domaines majeurs : bâtiments et urbanisme; transports ; énergie ; biodiversité ; risques, santé et déchets ; et enfin gouvernance.

L’article 180 a introduit une section 3 relative à la qualité de l’air intérieur qui prévoit, notamment, une surveillance obligatoire de la qualité de l’air intérieur pour le propriétaire ou l’exploitant de certains établissements recevant du public lorsque la configuration des locaux ou la nature du public le justifie (y compris les hôpitaux). Le projet de loi est en cours.

C’est tout récemment que les hygiénistes commencent à se poser des questions d’une telle évidence. Quelles conséquences et quelles implications pour l’hygiéniste ? La question est posée dans un article de la revue techniques hospitalières de la FHF. « Les établissements doivent se référer aux critères sur le management stratégique du référentiel de la V2010 et l’hygiéniste doit réfléchir avec les personnes impliquées dans la définition de cette stratégie locale à la mise en place d’actions de court, moyen et long terme. » explique le résumé.

L’exemple du Réseau Energie Environnement des Hôpitaux de Picardie qui existe depuis 1992 grâce au regroupement de plusieurs chefs d’établissements hospitaliers de Picardie pour valoriser et partager leurs expériences en matière de maîtrise de l’énergie et de réduction des impacts sur l’environnement montrait déjà le chemin à prendre. Maîtriser les dépenses énergétiques, promouvoir les énergies renouvelables, gérer les déchets dans le respect des normes en vigueur et sensibiliser ses adhérents à la nécessité de mieux préserver leur environnement sont ses actions majeurs.  Aujourd’hui, 15 établissements hospitaliers publics (soit environ 60 % des lits publics et environ 50 % des lits totaux de la région) et 2 blanchisseries interhospitalières participent régulièrement aux travaux du réseau.

La Société Française Hygiène Hospitalière (SF2H) a créé un groupe de travail « Environnement, développement durable et hygiène ».

« La prise en compte de la sécurité des soins dans une politique de développement durable suppose une double obligation :

• l’intégration du développement durable dans les programmes de prévention au sein des pratiques professionnelles (pour les soins aux patients et l’environnement dans lequel ces soins sont délivrés) en associant professionnels et usagers ;

• la préservation du niveau de sécurité en matière de risque » affirme Dr Joseph Hajjar Président de la SF2H, « Les hygiénistes (médicaux et paramédicaux), en charge de la prévention des infections associées aux soins, constituent la cible prioritaire parce qu’un grand nombre de mesures préventives ont un impact direct ou indirect sur l’environnement. » mais pas seulement. En effet les directions, mais aussi l’ensemble des professionnels médicaux et paramédicaux doivent s’impliquer.

On retrouve 2 paragraphes très importants à retenir dans l’argumentaire du Dr Joseph Hajjar:

« La version 2010 de la certification des établissements de santé par la Haute Autorité de santé comporte une inscription de cette problématique dans le référentiel de la procédure. L’objectif est d’engager les établissements à promouvoir le développement durable dans leur stratégie et dans leur management. Plusieurs principes de management portés par le développement durable sont intégrés par la certification (prise en compte des parties prenantes, approche participative, prise en compte des dimensions qualité, sécurité, environnement, gestion des ressources humaines). Les attentes sont les suivantes :

• les valeurs, missions et activités d’un établissement de santé incorporent les enjeux du DD et notamment les notions de responsabilité sociale et environnementale ;

• la démarche d’amélioration continue de la qualité est inscrite dans une perspective de continuité et de durabilité ;

• la gestion des risques est élargie aux risques environnementaux. « 

[…]

« Quelques données générales illustrent les interactions entre le champ du DD et celui de l’hygiène hospitalière et de la prévention des infections associées aux soins :

• la consommation d’eau dans un établissement de santé est évaluée entre 750 à 1 000 l/patient et par jour (à mettre en rapport aux 150 à 200 l par personne dans la communauté) ;

• à lui seul un service de stérilisation centrale (par exemple le site des HCL) : 10 860 litres/jour (sans compter la production de 5 000 litres d’eau osmosée par jour) ; • la consommation électrique moyenne d’un bâtiment public est estimée à 400 kWh par m² et par an et les établissements de santé totalisent 60 millions de m² ;

• la production de déchets est évaluée à 6 kg par jour l’hospitalisation. Certains éléments sont plus spécifiques de la prévention des IAS comme le nettoyage et la désinfection des locaux, la stérilisation des dispositifs médicaux, le recours à l’usage unique et l’élimination des déchets et effluents. Par exemple, le bionettoyage nécessite une quantité très importante de produits détergents-désinfectants : sur la base de deux lits par chambre, c’est environ 250 000 chambres à nettoyer quotidiennement (494 485 lits dans les 2 856 établissements de santé recensés en 2006) ; l’importance du problème doit engager à la réflexion sur la place de la détergence, les indications de la désinfection, l’utilisation de produits à moindre impact environnemental le recours à des techniques alternatives (vapeur…). Bien d’autres données chiffrées sont actuellement disponibles, notamment sur les résultats obtenus (et étayés par des indicateurs) par des établissements intégrant dans leurs actions le progrès environnemental. Ces quelques exemples permettent d’illustrer les points clés de cette démarche :

• l’engagement dans le développement durable est possible, il a du sens, ce n’est pas une charge supplémentaire de travail ;

• l’engagement passe par une réflexion, la réalisation d’un diagnostic, le choix et la mise en oeuvre de solutions adaptées (pas de recettes !) ;

• l’engagement est intégré au coeur du métier des professionnels et dans la prise en charge du patient en préservant son intérêt immédiat mais aussi l’intérêt futur de la collectivité. »

Un vaste chantier pour la SF2H se dévoile à ce jour, un parcours du combattant énergivore mais nécessaire.

sources:

« Développement durable : quelles conséquences et quelles implications pour l’hygiéniste ? » Techniques Hospitalières 06/07/2011

Le Grenelle 2 décrypté : articles et décrets sur le bâtiment   www.plan-batiment.legrenelle-environnement.fr

Réseau Hôpitaux-énergie-environnement ADEME

Argumentaire, Liste de sujets à traiter groupe de travail « Environnement, développement durable et hygiène » SF2H [zip]