Archives de Catégorie: Bionettoyage

les hôtels, nids à bactéries ?

La méthodes HACCP ( Hazard Analysis and Critical Control Points ) couramment employée dans la gestion des risques dans le milieu de la restauration collective pourrait bien remettre en cause les standards de l’hôtellerie.

En effet, c’est une étude américaine présentée au dernier congrès de l’American Society for Microbiology (Société américaine de microbiologie) qui vient de lancer le pavé dans la mare.

Couramment, les techniciennes de surfaces prennent en charge le bionettoyage de 14 à 16 chambres pour 8 heures de travail, près de 30 minutes de travail est consacré pour une chambre (certains hotels pousseraient le rendement à un temps de 10 minutes maximum par chambre).

Des chercheurs de l’Université de Houston avec des chercheurs de l’Université Purdue et  de Caroline du Sud ont réalisé des séries de prélèvements de surfaces dans des chambres d’hotels dans plusieurs états américains, afin de déterminer le niveau de contamination bactérienne (bactéries aérobies et coliformes dans le cadre de cette étude).

Contrairement au milieu hospitalier dans les lesquels les sanitaires sont très maîtrisés, dans les hotels testés les points les plus contaminés sont les toilettes et les lavabos.

La télécommande de télévision et l’interrupteur de la lampe de chevet sont également source d’une contamination microbiologique importante.

La maîtrise de la biocontamination des surfaces passe aussi par une bonne maîtrise du chariot ménage. Là encore, l’étude démontre que de nombreux articles de ménage qui passent de chambre en chambre sont aussi très contaminés. On parle de transmission croisée entre les chambres. Il s’agit là d’un vecteur majeur dans la transmission des agents infectieux et la diffusion des épidémies.

On pourrait s’interroger sur la nécessité de mettre en place des équipes d’hygiène dans le milieu hôtelier à l’image du milieu hospitalier. Si l’infirmière hygiéniste possède une vraie spécialisation hospitalière en lien avec le soin, le technicien biohygiéniste pourrait quand à lui trouver le moyen d’intégrer la filière comme cela s’est déjà vu pour le milieu de la blanchisserie.

source scientifique:

http://gm.asm.org/index.php/component/content/article/48/313-the-most-contaminated-surfaces-in-hotel-rooms

Sporicidie en 5 minutes, mythe ou réalité ?

Dans le cadre de la désinfection des endoscopes la sporicidie en 5 minutes devenait une aubaine dans le cadre d’une amélioration ergonomique, organisationnelle et d’un gain de temps de travail. L’annonce a forcément été prise à la hâte par certains établissements comme une solution matérielle a d’éventuelles difficultés organisationnelles ou de ressources humaines, mais qu’en est t’il réellement ?

La SF2H n’a pas tarder à prendre posistion sur cette annonce et explique qu’actuellement 3 normes sont disponibles pour la détermination ou l’évaluation de l’activité sporicide des désinfectants, une norme française (NF T72-230/231) et deux normes européennes (NF EN 14347 et NF EN 13704). La norme NF T72-230/231 est la méthode française de référence pour l’évaluation de l’activité sporicide des désinfectants. Cette norme de base, utilisable dans tous les domaines y compris médical, est toujours d’actualité n’ayant été que partiellement remplacée par les normes européennes NF EN 14347 et NF EN 13704. La norme NF EN 14347 est une norme européenne de phase 1 utilisable dans tous les domaines y compris le domaine médical. La norme NF EN 13704 est une norme européenne d’application de phase 2 étape 1 réservée aux désinfectants utilisés dans le domaine de l’agro-alimentaire, dans l’industrie, dans le domaine domestique et en collectivité.

La SF2H rapelle un fait important, «  la liste positive des désinfectants (LPD) de la SF2H retenait comme critère d’inclusion, pour les désinfectants de dispositifs médicaux thermosensibles (rubrique D), la conformité à la norme NF T72-230/231 ou à la norme NF EN 14347 (référence LPD juin 2009). La norme NF EN 13704, bien qu’existant depuis 2002, n’a jamais fait partie des critères de sélection de la LPD, du fait de conditions opératoires particulières, non adaptées au domaine médical.

La revendication d’un temps de contact réduit pour la désinfection de haut niveau repose sur l’utilisation, par certains fabricants, de la norme NF EN 13704, en l’état ou modifiée » explique la SF2H.

La SF2H attire son attention sur 4 points importants et nous ajouterons un 5ième point sur l’aspect COFRAC mis en avant par certains laboratoires.

« 1- La norme NF EN 13704 ne peut pas être prise en compte en l’état pour démontrer l’activité sporicide d’un désinfectant de DM. En effet, plusieurs éléments la rendent non adaptée à la désinfection des dispositifs médicaux critiques :

– une seule souche est obligatoire (Bacillus subtilis), alors que Bacillus cereus peut être une souche limitante pour des désinfectants à base d’acide peracétique ;

– la réduction de 3 log est insuffisante au vu de l’objectif visé.

2- Certains fabricants modifient actuellement les conditions opératoires de la norme NF EN 13704 (inoculum, réduction logarithmique, souches, …) pour l’adapter au domaine médical. Or, la norme NF EN 14885 « Application des Normes européennes relatives aux antiseptiques et désinfectants chimiques » précise que si une norme est modifiée dans sa méthode, les fabricants ne peuvent pas en revendiquer la conformité. La modification de la norme NF EN 13704 s’appuie sur un projet de révision de la norme NF EN 14885, non encore publié à ce jour. Ce projet s’oriente vers une utilisation possible à l’avenir de normes d’un autre domaine :

– en l’absence de norme adaptée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui (2 normes de sporicidie à disposition) et ce qui ne sera pas non plus le cas dans les années qui viennent (norme médicale de phase 2-1 en projet),

– à condition de le justifier scientifiquement,

– sous réserve que l’ensemble des conditions opératoires soient adaptées au domaine d’application du produit.

Si ce principe devait être confirmé, il serait nécessaire d’établir une liste unique des conditions opératoires à mettre en oeuvre pour une adaptation au domaine médical, ceci pour éviter toute modification subjective de la norme par les fabricants. Il resterait toutefois l’impossibilité de revendiquer la conformité à la norme, principe a priori maintenu dans le projet de révision.

3- Dans l’attente de la norme médicale européenne de sporicidie de phase 2-1 (en projet) et conformément à la note d’information de la SF2H sur l’évolution des normes relatives aux antiseptiques et désinfectants entre 2009 et 2011, il est recommandé de continuer à prendre en compte les normes NF T 72-230 et NF EN 14347. Bien que de phase 1, ces deux normes peuvent être utilisées transitoirement en l’absence de norme de phase 2-1 adaptée au domaine médical. Elles sont utilisables en l’état sans modification de la méthode, ce qui permet aux fabricants d’en revendiquer la conformité.

4- Quelle que soit la norme de sporicidie utilisée, les établissements sont également mis en garde vis-à-vis de l’application des nouveaux temps de contact préconisés : ces temps ne doivent pas avoir été établis à la concentration d’emploi du produit mais pour des concentrations inférieures de façon à disposer d’une marge de sécurité. Cette marge est fondamentale compte-tenu du type de dispositif médical traité (critique), de l’instabilité chimique et/ou microbiologique de certaines formulations à base d’acide peracétique et du caractère manuel de la procédure de désinfection de haut niveau. »

5 – Non explicité par la SF2H. La couverture du COFRAC des essais réalisés par un laboratoire ne doit pas être un faire-valoir sur l’efficacité d’un produit. Attention !!! Le COFRAC couvre les essais selon un référentiel … mails il faut absolument vérifier que le référentiel utilisé (la norme utilisée dans le cadre de ces essais) soit en conformité avec le secteur d’application. Ainsi il faut toujours prendre connaissance des normes citées par les fournisseurs afin de prendre connaissance du champ d’application exacte. Rappelons enfin, pour tout résultat labellisé COFRAC, de prendre connaissance de la couverture effective de la labellisation. En effet il n’est pas rare que le logo ne couvre que partiellement la feuille de résultat présentée. Dans ce cas une information explicite doit se trouver sur ce dit document.

TJP

Sources:

Note technique de la commission Désinfection de la SF2H Janvier 2012

Le Cuivre solution écologique et économique de lutte contre les infections nosocomiales ?

Le centre hospitalier de Rambouillet dans les Yvelines teste actuellement pendant une période d’un an l’efficacité du cuivre dans la lutte contre les infections nosocomiales. La stratégie est simple éliminer tout d’abord le risque d’infections manuportées qui représentent 70 à 90% des infections nosocomiales. Ainsi du cuivre a été mis en place sur les poignées de portes, le portes battantes, les interrupteurs, les tablettes de lit, les robinets labellisés Antimicrobial Copper … Le cuivre est capable de tuer 90 à 100% des bactéries, virus ou champignons déposés sur une surface cuivré. Le cuivre oxydé (vert de gris) et encore plus efficace que le cuivre à l’état brute.

Rien ne sert d’astiquer et d’entretenir ce cuivre pour le rendre brillant… plus l’aspect du cuivre est gris plus sa surface est microbicide.

« Tout couvrir de cuivre ne servirait à rien. Nous avons ciblé, avec les équipes des services concernés, les objets les plus fréquemment touchés » explique Dr Patrick Pina praticien hygiéniste à Rambouillet dans un article du quotidien METRO du 25 novembre 2011.

Le Député Hervé FERON a interrogé dans l’hémicycle, le 28 juin 2011, au cours de la séance publique des questions orales sans débat, la Secrétaire d’Etat en charge de la Santé, Nora BERRA sur le sujet d’une généralisation du cuivre à l’hôpital afin de de lutter contre les infections nosocomiales. 1

Le 4 avril dernier, l’Institut européen du cuivre (ECI) et l’Université de Southampton ont présenté une expérience en direct sur Internet, montrant l’efficacité naturelle du cuivre contre des germes tels que le staphylocoque doré, en comparaison avec l’inox. « Dans des espaces intérieurs et à une température ambiante de 22°C, une surface en cuivre détruit 99,9 % des staphylocoques dorés résistants à la méticilline qui se trouvent à son contact, tandis que l’inox n’a aucune incidence « , expliquait Dr William Keevil, chercheur en microbiologie et directeur de l’Unité de santé environnementale à l’université de Southampton. 2

Mais qu’en est il du coût financier ?

Hervé Féron député PS de Meurthe-et-Moselle interrogé par le quotidien METRO (25/11/2011) estime que le coût d’un équipement équivalent à celui réalisé à Rambouillet serait inférieur au coût total des infections nosocomiales manuportées limitées. L’investissement à l’hôpital de Rambouillet aurait été de 1500 € auxquels s’ajoutent 10 000€ de frais d’installation. Le Cigma de Laval, premier établissement en France à expérimenter le cuivre, a déboursé 35.000 €. 3

Au mois de juillet, les premiers résultats d’une étude américaine ont été présentés à la première Conférence Internationale sur la Prévention et le Contrôle des Infections (ICPIC) de Genève. Il a été affirmé que le cuivre permettrait de réduire in situ de 40% le nombre d’infections nosocomiales. Un rapport du Sénat sur les politiques de santé publique, estimait en 2006 entre 730 millions et 1,8 milliard d’euros le surcoût lié aux infections nosocomiales par an. On voit bien l’économie réelle annuelle qui pourrait se concrétiser si la baisse de 40% des infections nosocomiales se confirmait avec l’utilisation du cuivre dans nos hôpitaux.

TJP

Sources scientifiques récentes:

– “Role of copper in reducing hospital environment Contamination”. A.L. Casey, D. Adams, T.J. Karpanen, P.A. Lambert, B.D. Cookson, P. Nightingale, L. Miruszenko, R. Shillam, P. Christian and T.S.J. Elliott. Journal of Hospital Infection (2010); 74 (1): 72-77.

– “Inactivation of Influenza A Virus on Copper versus Stainless Steel Surfaces”. J.O. Noyce, H. Michels and C.W. Keevil. Applied and Environmental microbiology (2007); 73 (8): 2748–2750.

– “Potential use of copper surfaces to reduce survival of epidemic methicillin-resistant Staphylococcus aureus in the healthcare environment”. J.O. Noyce, H. Michels, C.W. Keevil. Journal of Hospital Infection (2006); 63: 289.

Autres sources:

1: Vidéo:  Hervé FERON interroge la Secrétaire d’Etat en charge de la Santé – le cuivre, antimicrobien dans la lutte contre les infections nosocomiales – 28 juin 2011

2: Institut européen du cuivre (ECI) et l’Université de Southampton “Antibiotic-Resistant Germs Eliminated by Copper in Live Global Broadcast”, http://www.antimicrobialtouchsurface.com/

3Assemblée Nationale, 13e legislature, Question N° : 1538 de M. Hervé Féron