L’enterocoque n’est pas plus resistant aux SHA que le cortex cérébral ne l’est face au Bad-Buzz


De nouveau dans le collimateur de la presse peu regardante sur la validité de leurs sources scientifiques, les Solutions Hydro-alcooliques (SHA) font de nouveau entendre parler d’elles. On remarquera que la place des légendes urbaines sont courantes face aux SHA. Et les moindres suspicions font l’objet d’études qui sont toujours bonnes à reprendre pourvu qu’elles puissent faire l’objet d’un buzz pour augmenter le nombre de consultations des articles. Malheureusement en France l’utilisation des SHA est encore loin des exemples outre Rhin. Les français ont  cette particularité latine d’être dubitatifs à l’utilisation des SHA malgré les recommandations scientifiques et l’accompagnement des Equipe Opérationnelles d’Hygiène (EOH, UHLIN) et des Comités de Lutte contre Les Infections Noscomiales (CLIN). Alors chaque Buzz lancé par la presse est l’objet d’une discussion entre membres des EOH et le personnel soignant inquiet à juste titre de l’utilisation des SHA.

Le bad-buzz commence tout bonnement par la publication le 22/02 d’un article de Science et Avenir au titre ô combien inquiétant : : « Des bactéries résistantes aux gels hydro-alcooliques ! »  . Cet article est relayé dès le lendemain par le Parisien avec un titre plus tempéré « Et si les bactéries n’avaient plus peur des gels hydroalcooliques ? »

Les articles dépeignent une situation alarmante concernant une hypothétique résistance des bactéries à l’alcool en nous expliquant que cette résistance n’avait jamais été envisagée jusqu’alors. Affirmation bien évidemment fausse, les scientifiques connaissent bien ce phénomène et certaines applications en industrie pétrolière utilisent ce phénomène pour sélectionner les  souches bactériennes les plus tolérantes à l’alcool pour la production de biocarburants.

Les conditions expérimentales dans cette étude australienne (isopropanol à 23%)  sont bien loin des concentrations en alcools (80%) utilisées dans les Solution Hydro-alcooliques (SHA). D’autres études ont été réalisées également avec des concentrations plus faibles. En 2007 en Grande Bretagne où une souche de d’Acinetobacter baumanii  a démontré des capacités de mise en culture optimale en présence d’une concentration de 1% de SHA. En 2017 une équipe Belge et Sud-africaine a réussi à sélectionner une souche d’Escherichia coli tolérante à 6,5% d’éthanol avec un travail considérable pour obtenir ce résultat après de nombreux essais in vitro.

Après la réaction de la Société Française d’Hygiène Hospitalière par l’intermédiaire du communiqué « L’anti bad buzz : un combat quotidien que mène la SF2H« , le journaliste Hugo Jalinière de Science et Avenir a tenu à ajouter sur son article une mise à jour le 27/02 afin d’apporter des précisions quand aux affirmations de l’article.

Mais alors que penser de tout cela ?

Il faut intégrer la notion de tolérances face à la notion de résistances. En effet tous les êtres vivants sont tolérants à des niveaux différents aux substances chimiques. Cette tolérance varie en fonction de l’espèce mais aussi au sein de l’espèce en fonction des individus. Cette tolérance n’est pas forcément le signe d’une résistance avérée. Il faudra plus d’études, plus de publications pour affirmer et démontrer qu’une souche bactérienne peut développer un vrai caractère de résistance. A l’heure actuelle, les scientifiques restent attentifs et surveillent ces phénomènes de tolérances qui pour le moment ne montrent pas de signes avérés d’une évolution inquiétante de la situation.

Il faut le rappeler, l’incidence du Staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) dans les hôpitaux a fortement diminué cette dernière décennie grâce à l’utilisation des solutions hydro-alcooliques.

Les concentrations en alcool des SHA sont efficaces sur l’ensemble des souches bactériennes non sporulantes connues dans les phénomènes infectieux à l’hôpital.

 

TJP

Sources scientifiques :

https://sf2h.net/lanti-bad-buzz-combat-quotidien-mene-sf2h

http://jmm.microbiologyresearch.org/content/journal/jmm/10.1099/jmm.0.47442-0

https://academic.oup.com/mbe/article/34/11/2927/4096621

Autres sources :

https://fr.news.yahoo.com/bact%C3%A9ries-r%C3%A9sistantes-gels-hydro-alcooliques-070000104.html

http://www.leparisien.fr/societe/et-si-les-bacteries-n-avaient-plus-peur-des-gels-hydroalcooliques-23-02-2018-7575867.php

 

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Publié le 28 février 2018, dans Actualités Scientifiques, Anti-infectieux non antibiotiques, Scandales & Buzz. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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